Bulletin trimestriel N°1
Octobre à décembre 2001
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Un concours au couvent
23" Concours international de chant de Paris
Saint-Maximin La Sainte-Baume, 23-29 juin 2001
Opéra International, Sergio Segalini - Septembre 2001

Jury : Mady Mesplé (Présidente), Didier Bidaux, Christopher GoldsacK Thomas Grubb, André Jouve, Jacobo Kaufmann, Henri Maier, Guy Montavon, Sergio Segalini, Edith Selig-Papee, Song Wei.

Une fois encore, le Concours international de chant de Paris s'est déroulé loin de la capitale comme lors de sa précédente édition, en juin 1999, la manifestation a élu domicile, pendant une semaine, dans le cadre superbe du Couvent royal de Saint-Maximin La Sainte-Baume, dans le Var, transformé en hôtel depuis le départ des moines bénédictins.

La disparition, en décembre dernier, de l'infatigable Christiane de Bayser, fille de Mme Jacques Roullet, fondatrice de la compétition, n'a pas marqué la fin des concours de l'UFAM qui, au contraire, a redoublé ses efforts pour améliorer encore l'organisation.

Le cadre enchanteur, l'atmosphère bon enfant et surtout une totale immersion dans la musique, qui surgit à tous les coins du couvent (cloître, réfectoire, chapelle, cellules ... ), rendent les journées dédiées aux éliminatoires en tous points inoubliables. Sans doute le concours est-il devenu un peu trop exigeant ne s'adressant plus vraiment à la plupart des candidats de l'an 2000, superficiels et hâtifs, qui ne prennent plus le temps de laisser mûrir leur voix et se lancent trop vite, en toute inconscience, sur une route hérissée d'embûches.

En effet, fidèle à sa politique, le Concours de chant de Paris, contrairement à presque tous ses homologues à travers le monde, prévoit deux séries d'éliminatoires pour accéder en demi-finale. Ce qui signifie que les candidats, pour parvenir au concert de clôture - donné, avec le concours de l'Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon, sous la direction de Xavier Rist, dans la magnifique basilique de Saint-Maxim, cadre chargé d'histoire, et toujours important lieu de culte - doivent interpréter un total de neuf airs, dont un d'opéra français et un dit " classique ", terminologie un peu floue qui a fait commettre quelques erreurs à certains candidats. Ce règlement a sans doute découragé quelques postulants, puisque, sur une centaine d'inscrits, n'ont finalement participé que 54 chanteurs : 35 dans la catégorie " opéra, opéra-comique, oratorio ", 13 dans la catégorie " mélodie ", et 6 dans les deux catégories.

Sur les vingt et une nationalités représentées, la France s'est montrée avare, avec seulement neuf présences, et a carrément brillé par son absence dans le concert final du 29 juin. Et pourtant, on ne cesse de parler d'un renouveau de l'école de chant française, en se réfugiant sans doute derrière le nom de Natalie Dessay, une hirondelle qui, hélas, ne fait pas un printemps!

La finale a réservé quelques surprises, en raison notamment des différences d'acoustique entre la chapelle, où se tiennent les éliminatoires, et l'immense vaisseau gothique de labasilique, où les sept finalistes sont dans l'obligation d'interpréter des airs imposés. Certes, on connaît la difficulté à se procurer les matériels d'orchestre en France, en raison du manque d'organisation des éditeurs de la capitale. Mais cette exigence n'en demeure pas moins un handicap pour certains candidats, obligés de se mesurer à des pages étrangères à leur vocalité.

Karen Frankenstein,
Premier Grand Prix Opéra
En 2001, par exemple, il est devenu impossible de ne pas inclure, dans ces airs imposés aux sopranos, ténors et barytons, Mozart et Rossini, qui constituent, le premier surtout, la base du répertoire de la plupart des théâtres d'opéra. Puccini est également absent de la liste (en dehors de " Nessun dorma "), et les ténors ne se voient proposer aucun air de Verdi !

Dominique Bertrand, la nouvelle présidente du Concours et présidente de l’UFAM, admirablement secondée par Catherine Ledos, Marie-Pierre Faurite et Véronique Friederich, a pris conscience de ces petits problèmes et s'est promis d'apporter quelques modifications au règlement, pour prévenir toute injustice. La finale n'en a pas moins été une fête, le public nombreux, assis sur les bancs de la basilique, accueillant triomphalement tous les participants.

Le Premier Grand Prix " opéra " (50 000 FF) a été enlevé par la soprano américaine Karen Frankenstein (32 ans), qui a interprété un répertoire extrêmement varié avec rigueur et métier, obtenant à l'issue de chaque épreuve le même consensus de la part du jury. Elle a surtout ébloui en finale avec un percutant " Glitter and Be Gay ", extrait de Candide,imposé au répertoire par June Anderson. Mais elle n'a pas démérité ailleurs, ni dans Zerbinetta et Ophélie, ni dans Gilda, Konstanze et Manon. Puisse la carrière qui s'ouvre devant elle lui dicter une plus grande variété dans la palette de couleurs et une plus grande franchise dans le suraigu, encore un peu tiré.

La plus grande déception de la finale est venue du Deuxième Prix " hommes ", le baryton coréen Byung-Woo Kang (26 ans) qui, pour d'obscures raisons, est parvenu directement en demi-finale. Il possède un matériau certain, mais le style et l'école lui font totalement défaut. Avec un vérisme digne d'Il tabarro ou de Cavalleria Rusticana et une diction inacceptable, il a chanté Guillaume Tell, Ford et Guglielmo, avant d'exécuter, en finale, un air de Valentin que les Français n'auraient pas dû cautionner. Le Deuxième prix " femmes ", Kaoli Isshiki (30 ans), a témoigné d'une tout autre sensibilité et intelligence musicale, dans l'opéra comme dans la mélodie.

En dépit d'un accident le matin même du concert, qui l'a obligée à entrer en scène avec des béquilles, la soprano japonaise s'est lancée avec courage dans l'air des Clochettes et " Glitter and Be Gay ", sans posséder tout le brio nécessaire.

Discutable dans Oscar d'Un ballolli Maschera, elle s'est montrée plus à l'aise dans Le Rossignol de Stravinski et la Valse de Juliette, malgré le côté mécanique de l'émission et, par moments, un abus de sons tubés ou en arrière. Le baryton canadien Alexander Dobson (28 ans) a obtenu le Troisième prix " hommes " grâce avant tout à ses dons d'interprête, révélés dans Mercutio, le Comte des Nozze di Figaro, Lescaut de Manon (avec plus de fff que de ppp !) et Billy Budd. Couronné de beaux piani, le touchant monologue du troisième acte trahit néanmoins une justesse plus qu'approximative. La justesse n'est pas non plus la qualité majeure de la japonaise Hiromi Omura (31 ans), forte nature théâtrale, actrice née et interprète déjà habile. Arrivée elle aussi en demi-finale, elle a chanté l'entrée de Lucia avec une curieuse conception du tempo (il est vrai que la nouvelle ligne du TGV venait d'être inaugurée !) et la véhémence d'une Aida vériste. Son " je suis encore tout étourdie " semblait avoir été écrit par Puccini, ni Juliette, ni Marie de La Fille du Régiment ne semblant appartenir à cette vocalité qui impressionne, arrache les applaudissements, mais laisse songeur quant à son avenir...

Le ténor coréen Man-Taek Ha (31 ans), lauréat de plusieurs concours de prestige, a été écarté du palmarès, ce qui a soulevé une vive réaction du public. Le Suisse Bernard Richter (28 ans), également ténor, mérite une mention. Son timbre séduisant de lirico leggero en fait un Belmonte de classe, et peut-être un A]maviva. Ses mauvais choix de répertoire, malheureusement, ne lui pas permis de vraiment s'imposer.

La catégorie " mélodie " a couronné une cantatrice japonaise au talent rare, Chiaki Sakamoto (34 ans), qui a obtenu les faveurs du jury en abordant l'univers contemporain de Reimann (la saisissante scène dramatique de 25 minutes, Lady Lazarus, qui est tout sauf une mélodie!) ou Bucchi. Les six mélodies de Messiaen lui ont permis d'enlever haut la main le Grand Prix Paul Derenne " Prix de la mélodie ftançaise ". Mais peut-elle chanter autre chose ? La jeune Belge Sabine Conzen (22 ans) a été, d'une certaine manière, la révélation du concours, en obtenant le Prix Francis Poulenc après l'exécution, en finale, du cycle Cocardes.

Musicienne sensible et déjà experte, elle a épousé sans faillir le style de Roussel, Fauré, Schubert, Debussy, Messiaen, Mozart et Falla (un véritable exploit!), avec une voix naturelle, saine et franche. Des choix erronés de répertoire (certains airs dépassent ses moyens vocaux actuels) et une technique encore à perfectionner (il faudrait revoir l'utilisation des résonateurs supérieurs) l'ont malheureusement écartée de la finale d'opéra. Elle qui serait une parfaite Barbarina, a-t-elle raison de se lancer dans The Medium, Rusalka, Zaide, La maja y el ruiseFior (!!)... sans parler du périlleux air final de Juliette, qu'elle aurait présenté si le jury ne l'avait pas arrêtée en demi-finale ? Il serait dommage de perdre un espoir et une interprète aussi sensible.

En se perfectionnant, ce concours, dont Franck Joseph a filmé toutes les étapes dans la perspective d'un reportage télévisé (épreuves, répétitions, déjeuners, conversations ... ) a tout pour devenir une perle rare. A son stade actuel, il demeure un rendez-vous privilégié, logiquement dédié, cette année, à la mémoire de Christiane de Bayser.

© Opéra International - septembre 2001