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Le grand prix de chant de Paris
Interview Janine Cadet, Vice-Présidente
- Parlez-nous de l’Historique du Concours de Chant…
L’U.F.A.M. a été créée en 1910 par M. Privat de Séverac et Mme Lucie Tassard. En 1967 Madame Roullet a créé le Concours International de Chant de Paris qui a connu un succès immédiat et a été repris par la suite par sa fille, Christiane de Bayser ; ce concours est inscrit à la Fédération des concours internationaux de Genève.
- Quel en est l’objectif ?
Il accueille des candidats professionnels ou semi-professionnels du monde entier. Les jurys sont constitués de chanteurs, de directeurs de théâtres ou d’opéras qui sont susceptibles par la suite de leur donner un engagement.
Le Concours a révélé des artistes comme Barbara Hendricks, Denyce Graves, ou Jean-Philippe Lafont et Pierre-Yves Pruvot…
- À quel moment a été créé le Concours de “Mélodie Française” ?
Du temps de Madame Roullet, il n’existait que la catégorie “Opéra”. Puis, en 1990, grâce à Paul Derenne, sa femme et grâce à l’appui du Prince de Polignac ainsi que du Comité Albert Roussel, nous avons créé le Prix de la Mélodie Française. Ce répertoire fait partie de notre patrimoine ; les jeunes chanteurs se doivent de le connaître.
- Quel est le rôle de la présidente du Concours de Chant ?
Elle doit connaître le métier de chanteur ainsi que les différents répertoires; elle peut également conseiller les concurrents comme ce fut le cas de Mady Mesplé qui présidait le 23ème Concours à Saint-Maximin. Elle est une artiste d’une grande disponibilité vis-à-vis des candidats et elle fait partie du comité de l’Ufam depuis longtemps.
- Comment se fait-il que le concours n’ait plus lieu à Paris ?
Madame Roullet avait organisé les finales à l’Opéra-Comique, à l’Unesco, au Grand Auditorium des Halles et à la Salle Gaveau avec l’Orchestre de la Radio, mais tout cela n’a duré qu’un temps. Il faut beaucoup de subventions pour cela : logement des candidats et des jurys, mise à disposition de studios de répétitions, location de la salle, réservation de l’Orchestre, cachet du chef d’orchestre pour la finale...
Depuis quelques années, nous faisons l’école buissonnière : après le Festival Méditerranéen, la Ville d’Angers au Festival de St Florent-Le-Vieil et maintenant Saint-Maximin-La-Sainte-Baume, nous souhaiterions revenir un jour à Paris.
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Madé Mesplé Présidente du Jury
La Lettre du Musicien, Stéphane Friédérich
Septembre 2001
« Un concours de chant, c’est comme les crus des grands vignobles : certaines années sont meilleures que d’autres ! Cette cuvée a été bien au-dessus de la moyenne. Mon premier sentiment : je regrette profondément qu’il n’y ait pas eu de chanteurs français en finale ; cela me choque et m’attriste. Faut-il en conclure que les chanteurs étrangers travaillent davantage et mieux ?
Un parcours d’obstacles. Par ailleurs, je constate que l’ensemble des candidats et tout particulièrement ceux que nous avons distingués sont plus proches de la trentaine que de la vingtaine. Certains ont déjà un passé impressionnant ! En effet, un concours est comme une course d’obstacles qu’il faut être capable de franchir jusqu’au bout. Les candidats oublient souvent que, comme pour les sportifs de haut niveau, leur entraînement doit leur permettre cette performance. Une seule candidate n’avait que 22 ans. J’ai tenu à lui dire qu’elle ne devait pas se “reposer” sur son jeune âge : elle devait profiter de chaque instant pour aller au spectacle, écouter les autres artistes et beaucoup d’enregistrements, pour se forger le goût et se demander pourquoi, par exemple, tel ou tel chanteur respire à cet endroit et pas ailleurs. Dans l’absolu, ce n’est pas tant la technique qui manque aux jeunes artistes que leur peu de disponibilités pour aller au concert ! Pour ma part, tout au long de ma carrière, soit je me produisais sur scène, soit j’allais écouter les confrères ! A Vienne, par exemple, il m’est arrivé d’entendre deux Noces de Figaro dans la même semaine, une fois au cinquième rang, la fois suivante au fond du parterre. Vos impressions sont alors bien différentes et tout aussi enrichissantes.
Savoir s’écouter. On ne peut réussir dans ce métier sans avoir un esprit critique. Au cours de ma carrière, j’ai parfois “installé” Mady Mesplé dans la salle pour qu’elle entende Mady Mesplé ! La première a souvent dit à l’autre des choses fort désagréables, tout en cherchant à formuler ce qui n’allait pas. Il faut pouvoir s’entendre et se juger de l’extérieur. Ainsi, certains candidats ont constaté ici que leur timbre pouvait changer en fonction de la langue dans laquelle ils chantent. Dans mon cas, j’ai découvert le chant avec l’italien et je me suis demandée comment je pouvais obtenir le même résultat… en français ! Enfin, pour réussir à un tel concours, il faut réunir une quantité impressionnante de qualités, ce qui implique d’être bien entouré par une ou deux personnes au maximum dans lesquelles on a une confiance totale.
Le jury est aussi un public. J’ai entendu, lors de la finale, des artistes complets qui avaient une présence et une personnalité affirmées. J’ai dit à d’autres qu’ils n’avaient pas toujours choisi un programme adapté à la situation. Il ne faut jamais oublier que le jury n’est pas une entité “à part” : il fait partie du public et il faut aller vers lui. Je suis un public qui est “présidente d’un jury”.
Les artistes que nous sommes ont besoin de rêver. Une finale est un concert et je viens y passer un bon moment (j’aurai peut-être même la larme à l’œil si les notes sont bien faites). Cela ne signifie pas qu’il faut chercher à tout prix à plaire au public, mais l’artiste ne doit jamais oublier qu’il sert le public. Dans le cas du récital de mélodies, les jeunes professionnels doivent apprendre à composer un programme pour ménager leur voix, tout en respectant une progression dans les œuvres. C’est la raison pour laquelle j’estime qu’il ne faut pas demander un récital à un chanteur trop jeune : il faut une certaine maturité, même si le fait de chanter Fauré ou Poulenc à 20 ans est très positif.
Enfin, tous ces jeunes nous ont semblé à l’écoute des conseils que nous prenions le temps de leur donner. Si tel est le cas, alors, peut-être aurons-nous rempli la mission la plus importante d’un jury.
© La Lettre du Musicien 2001
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