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INTERVIEW
Roger DELMOTTE
Le trompettiste Roger Delmotte fera partie du jury du Concours international de musique de chambre de Paris. Il nous parle de l’évolution du répertoire de la musique de chambre pour son instrument.
La trompette est un instrument d’orchestre mais également “soliste”. Quelle est sa place dans la musique de chambre ?
La variété du répertoire pour cuivres est étonnante. Elle part du trio qui est la forme de base car elle réunit les trois familles : le cor, la trompette et le trombone. Au 20e siècle, l’une des œuvres emblématiques de ce répertoire est le Trio de Poulenc.
Faisons un peu d’histoire. La trompette s’est développée lentement sur le plan chromatique à la fin du 19e siècle alors que les pistons avaient été inventés entre 1805 et 1810. Cette révolution de la facture a fait apparaître le cornet à pistons qui a intégré les musiques militaires.
Par la suite Berlioz et Verdi ont utilisé cet instrument dans leurs œuvres. Dans la musique de chambre, notre répertoire s’est élargi vers le quatuor, le quintette, etc. Il s’est enrichi avec l’ajout, par exemple, de la trompette piccolo, du bugle, du trombone basse, du tuba…
Pourtant, le répertoire du 20e siècle de la trompette est largement moins connu que celui de l’époque classique…
Tous les trompettistes jouent ce répertoire baroque. J’ai été l’un des “pionniers” dans ce genre en interprétant des chorals de Bach lorsque je donnais de nombreux récitals avec l’organiste Pierre Cochereau. Aujourd’hui, je ressens une certaine saturation du public à l’égard de ces arrangements pour trompette, orchestre et / ou orgue dont certains seraient plutôt des dérangements !
La musique de notre temps pour notre instrument survit avant tout dans les pays nordiques et un peu en Allemagne et aux Etats-Unis. Ailleurs, ce sont les ensembles de cuivres, les instruments baroques, la trompette naturelle qui dominent dans les concerts. C’est une domination à mes yeux injustifiée. On écrit malheureusement fort peu pour la trompette “moderne”. C’est inquiétant pour l’évolution du répertoire et de la facture instrumentale. Tous les compositeurs dont j’ai assuré la création d’œuvres comme Ohana, Rivier, Bondon, Charpentier, Delerue, Barraud, Jolivet… ont fait indirectement progresser la connaissance de l’instrument.
Revenons à la musique de chambre. La puissance de la trompette pose des problèmes d’équilibre au niveau de l’écriture…
En effet. Le son de la trompette est linéaire. Prenons l’exemple d’un duo piano/trompette. Si on écrit une partition pour un niveau facile, il faut enrichir de façon importante la partie du piano. Aujourd’hui, nous avons besoin d’accroître le nombre de pièces notamment pour les niveaux moyens et inférieurs. Pourquoi ne pas utiliser des airs populaires harmonisés des diverses nations d’Europe ? Ce serait parfois préférable à des œuvres sans intérêt musical et pédagogique.
Vous avez enseigné de nombreuses années au CNR de Versailles. Parlez-nous de votre expérience…
J’ai essayé de déterminer des répertoires en fonction de mes élèves mais j’ai souvent remarqué que ceux-ci avaient des faiblesses en solfège. Or, pour bien jouer de la trompette, il faut savoir chanter car nous travaillons sur les harmoniques. C’est l’oreille, plus encore que la place des doigts sur les pistons, qui permet au trompettiste de produire une note exacte.
La formation musicale est par conséquent déterminante. A Versailles, cette éducation a été bien menée. Grâce en partie aux classes à horaires aménagés, les enfants ont développé leur oreille.
Qu’attendez-vous des candidats qui se présentent à un concours ?
Ils seront jugés non seulement sur la maîtrise de leur instrument, mais également la beauté du son et la compréhension des esthétiques de l’œuvre qu’ils interprètent. Il me paraît essentiel de connaître l’historique des œuvres, y compris du contexte de leur création. L’enseignement n’est pas assez axé sur cette connaissance des esthétiques ni sur la qualité du son. Notre système a développé une règle pernicieuse : plus haut, plus vite, plus fort !
Le métier d’orchestre est l’un des débouchés prioritaire des jeunes musiciens…
Le recrutement de musiciens qui n’ont pas l’expérience de l’orchestre, mais des moyens techniques remarquables pose un certain nombre de problèmes. A mon époque, nous avions tous des parcours multiples parce qu’il nous fallait gagner notre vie. Nous “cachetonnions” beaucoup et dans mon cas, j’ai même joué dans des ensembles de jazz. Or, le travail de musicien d’orchestre est particulier : il doit s’adapter à un ensemble, faire preuve de souplesse. Je me demande si tous ces jeunes musiciens possèdent une capacité d’intégration car, pour la plupart, ils découvrent un métier.
A l’âge de 25 ans, Roger Delmotte est le premier trompettiste à avoir remporté le Concours International de Genève. Premier trompette super soliste à l’Opéra de Paris jusqu’en 1986, il a joué tant à l’Opéra qu’avec des orchestres symphoniques et en soliste avec des formations à géométrie variable. Avec Pierre Cochereau, il lance en 1968 la formule “trompette et orgue” et donne avec lui des concerts à travers le monde. Il crée par ailleurs un ensemble de cuivres qui porte son nom. Roger Delmotte a été professeur de trompette au CNR de Versailles jusqu’en 1994, ainsi qu’au Conservatoire de Lausanne et il a donné de nombreuses master-classes dans le monde entier. Il fut directeur du Concours International d’instruments à vent de Toulon pendant 25 ans.
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