Bulletin de l'UFAM N°4
Mars à Juin 2003
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INTERVIEW

Gérard POULET

Soliste et pédagogue de renom international, Gérard Poulet présidera le 10e Concours International de Musique de chambre de Paris qui aura lieu en octobre prochain. Il évoque non seulement ce qu’il attend des futurs candidats mais également la place de la musique de chambre dans ses activités.

Vous avez remporté plusieurs concours internationaux…
Je me souviens notamment d’un concours de musique de chambre organisé à Vienne par les Jeunesses Musicales de France ; j’avais gagné un Prix en Sonate avec le pianiste Maurice Blanchot. Par la suite, j’ai remporté le Premier Prix du Concours Paganini de Gênes en 1956. En tant que jury, j’ai participé à des concours de musique de chambre. J’avoue que cela m’intéresse autant que d’être jury d’un concours de violon dans la mesure où je fais beaucoup de musique de chambre, du trio au sextuor.

Et le quatuor à cordes ?
Non, pas en public. C’est un univers dans lequel les compositeurs ont ressenti la perfection d’une forme, presque la quintessence de la musique. A partir de Beethoven, ils se sont exprimés au plus profond de leur création. Pour les interprètes, le défi est incomparable car si vous ne faîtes pas partie d’un quatuor constitué, vous ne pourrez pas rendre les œuvres avec la qualité qu’elles exigent. Le quatuor avec piano, par exemple, est moins répandu, mais cette formation est plus abordable. En effet, le piano est une aide précieuse sur le plan de la justesse et chacun peut exprimer son individualité avec une relative indépendance. C’est tout le contraire du quatuor à cordes dans lequel le fondu dans la sonorité ne s’obtient que par un travail régulier avec les mêmes partenaires. Pour ces raisons, je ne pourrais pas faire partie d’un quatuor à cordes, car je serais obligé d’abandonner toutes mes autres activités.

Vous évoquiez l’importance de la musique de chambre. Quelle est sa part dans vos activités musicales ?
Je dirais probablement 60% de mon temps et j’en fais de plus en plus. Je consacre le reste du temps à mes activités de concertiste et de pédagogue. J’ai l’habitude de jouer en formation de chambre avec une quinzaine de musiciens, cordes et vents, et je réponds aux sollicitations de mes amis comme le clarinettiste Michel Lethiec qui dirige le Festival Pablo Casals de Prades. D’ailleurs, nous nous produirons prochainement au cours de cinq concerts dans un Festival à Tahiti ; à cette occasion, je jouerai en sonate, trio, quatuor et quintette.

Qu’attendez-vous des candidats qui se présenteront au Concours international de musique de chambre de Paris ?
Il va de soi que sur le plan technique, ils doivent être préparés avec la même exigence que s’ils devaient concourir dans des concertos. L’excellence technique est la règle pour les formations de chambre, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé ; cela signifie qu’il faut éviter les erreurs dans le phrasé, la dynamique et que les accents soient justes. Mais cette exigence est tout aussi réelle sur le plan de la musicalité, de l’impact émotionnel.
Bref, les ensembles doivent être au plus près de la pensée du compositeur qu’ils servent.

Avez-vous le sentiment que la notion d’école nationale a tendance à disparaître ?
En effet. Les professeurs ont quitté leurs pays d’origine. Les écoles se sont brassées. L’exemple remarquable de l’école russe du violon en témoigne. L’ensemble du corps professoral est parti s’installer aux Etats-Unis ou en Europe en raison des bouleversements politiques. L’un de mes collègues au Conservatoire de Paris est Boris Garlitsky, un remarquable musicien qui fut également primé au Concours Paganini de Gênes (1982, Ndlr.). Les professeurs et solistes que nous sommes, voyagent beaucoup. Nous nous approprions progressivement les meilleures techniques de certaines écoles ; avec le temps, la position de mon bras droit a pu changer, ma main gauche joue peut être différemment.

Est-ce que mon jeu correspond encore aux critères de l’école franco-belge dont je suis issu ?
Un savant mélange de cultures, de traditions s’est opéré et je serais bien en peine de vous dire ce qui provient spécifiquement de l’école russe ou américaine.
Aujourd’hui, une filiation se reconnaît parfois dans un style musical, certainement pas dans une position purement instrumentale. Je dirais alors que tel musicien possède un son russe parce que son vibrato, son archet très à la corde, certaines glissades montrent qu’il n’a pas encore été influencé par nos écoles latines. Les slaves jouent d’ailleurs parfois la musique française avec beaucoup d’expressivité, de couleurs. Notre culture, notre pensée s’expriment en revanche avec davantage de mesure. Je ne fais aucune critique sur telle ou telle école, je vous présente simplement la richesse de ces traditions, à supposer qu’elles existent encore !

Vous enseignez au CNSMD de Paris depuis 1979 et vous étiez auparavant au CNR de St Maur. Quelle évolution de la pédagogie avez-vous constaté ?
Des réformes ont été entreprises au Conservatoire de Paris. Il y a actuellement une crise en matière de pédagogie. La raison en est que l’on mobilise de façon excessive les étudiants pour le travail avec orchestre. Celui-ci est devenu une vitrine du Conservatoire ; on y invite de grands chefs et des solistes remarquables. Mais les séries de concerts auxquels les étudiants doivent participer se font au détriment du travail instrumental. Nous sommes plusieurs enseignants dans la même situation : nous constatons que nos élèves sont en train de perdre leur capacité instrumentale. Il faudrait revenir à un meilleur équilibre : deux ou trois séries de concerts sont suffisantes dans une année scolaire au lieu des six actuellement programmées.

Vous faîtes également de nombreuses master-classes à l’étranger…
En effet. Je vais régulièrement en Asie. J’enseigne notamment au Conservatoire de Pékin. Je suis souvent invité au Japon à la fois pour donner des concerts et des master-classes. D’ailleurs, plusieurs de mes élèves ont été récompensées au cours du dernier Concours Jacques Thibaud. Agée de 16 ans, Akiko Yamada a remporté le Premier Prix, le Troisième Prix étant revenu à Kyoko Yonemoto et le Quatrième à Sarah Nemtanu.

Evoquons également votre carrière de soliste. Parlez-nous de vos prochains enregistrements et concerts…
En ce qui concerne le disque, je vais enregistrer pour le label Arion les Sonates pour violon et piano de Brahms avec l’un de mes collègues au Conservatoire de Paris, le pianiste russe Itamar Golan. Cette nouveauté sortira en octobre prochain. J’ai également en projet de graver les Sonates pour violon et clavecin de Bach avec Patrick Cohen. Enfin, j’ai de nombreux engagements prévus en tant que soliste dans les semaines et mois à venir : Canada, Chine, Japon, en Sardaigne, cet été au Festival Pablo Casals avec une dizaine de concerts, mais également en France à Saint-Raphaël, à Courchevel… Je suis également heureux de faire une “pause” consacrée au Concours international de musique de chambre de Paris !

CONCERT

Nos lauréats à l’honneur !

Concert des Lauréats de l’Ufam à l’église Saint-Merry, à Paris 17 novembre 2002


Ont participé au concert :
Alberto Frka (pianiste), Varvara Gyra (guitare), Yann Lemarié (saxophone), Albane Mahé (harpe), Pascal Monlong (violon), Quatuor de clarinette “Anches Hantées”, Eléonore Sandron (piano), Alia Sellami (soprano), Anibal Sierra (piccolo).

23-31 Octobre 2003
Xe Concours International
de musique de chambre de Paris

FORMATIONS ACCEPTÉES
Sonate :
  • Violon / piano
  • Violoncelle / piano
  • Flûte / piano
  • Deux pianos
Trio :
  • à cordes
  • Piano / violon / violoncelle
  • Trios d’anches
Quatuor :
  • 2 violons / alto / violoncelle
  • Trio à cordes avec piano
  • Quatuor de saxophones
Quintette :
  • Quatuor à cordes avec piano
  • Quintette à vents avec ou sans piano
  • Quintette de cuivres
Les épreuves auront lieu à la Schola Cantorum
269 rue Saint-Jacques - Paris (75005)