L’ESPRIT DES CONCOURS
“Aujourd’hui, le jury est plus proche des candidats”
Caroline LATTANZI
Pianiste, membre du comité
Depuis 1986, Caroline Lattanzi enseigne le piano à la Schola Cantorum, à Paris. Il y a quelques années, elle reçut le Premier Prix honneur en musique d’ensemble. Invitée aujourd’hui dans les jurys de l’UFAM, elle s’exprime sur nos concours.
- Estimez-vous que “l’esprit des concours” de l’Ufam ait évolué depuis quinze ans ?
J’ai connu une époque où, durant les concours, le climat était assez froid. Il n’était pas possible, par exemple, de dialoguer avec les membres du jury à l’issue des épreuves. Aujourd’hui le jury est plus proche des candidats ; il prête notamment moins d’attention à leur tenue vestimentaire.
Il n’y a que le trac qui soit constant avec le temps ! On relativise, bien entendu, cette angoisse lorsque l’on passe de “l’autre côté”; le jury vous semble alors beaucoup plus “humain” qu’on aurait pu l’imaginer lorsque l’on était candidat !
- Estimez-vous que le niveau des morceaux imposés ait changé ?
Le niveau se maintient de même que les programmes qui sont tout aussi variés qu’auparavant. J’estime que le choix de ceux-ci est bien fait. Les concours de l’UFAM sont réputés et ils tiennent une bonne place en regard de la concurrence.
- Qu’apporte au candidat le fait de passer un concours à l’UFAM ?
Le concours représente un événement pour chaque candidat. Il est l’aboutissement d’un travail, et développe son sens de la responsabilité, de son goût de l’exigence vis-à-vis de lui-même et de l’œuvre qu’il interprète. Pour les élèves des écoles de musique, cet examen se situe en dehors de ceux qui leur sont imposés durant leur cursus scolaire, en dehors d’un cadre familier. Il est une opportunité supplémentaire qui accroît la confiance et le rapprochement entre l’élève et son professeur. Celui-ci partage le trac, les joies et parfois les déceptions du jeune qui se confronte également à un public qu’il ne connait pas.
- Que répondez-vous aux enseignants qui s’opposent à ce que leurs élèves passent des concours ?
Je suis surprise de penser qu’il existe des professeurs qui ne veulent pas risquer de faire entendre leurs élèves. Craignent-ils de remettre en question leur enseignement ?
- Comment définiriez-vous la pédagogie actuelle au sein de la Schola Cantorum ? Est-elle différente aujourd’hui de celle des écoles et conservatoires agréés ?
L’enseignement de la Schola Cantorum me paraît plus libre, moins conventionnel qu’au sein des conservatoires. Les adultes peuvent accéder à une formation musicale, l’esprit y est davantage porté vers la musicalité que sur le développement purement de la technique instrumentale.
Par ailleurs, notre établissement prend un nouveau départ sur de nouvelles bases grâce à son directeur, Michel Denis qui souhaite instaurer un esprit de groupe parmi les enseignants. Nous sommes environ vingt-cinq professeurs de piano au sein de quatre-vingts dix titulaires.
- Est-ce que la “musicalité” que vous mettez en parallèle à “la technique” est également au rendez-vous durant les concours ?
En tant que membre de jury, j’attends du candidat qu’il joue avec sensibilité, expressivité, générosité. Tant pis s’il doit sacrifier à quelques fausses notes ! Cette musicalité et cet engagement doit se révéler dès le premier examen même si c’est un événement impressionnant pour un enfant. Je me souviens parfaitement de mon premier concours à l’Ufam !
- Parlez-nous de vos projets en tant que soliste…
Je prépare actuellement un concert avec le pianiste Alberto Frka. Nous nous produirons au printemps 2002, en Croatie, dans un programme de musique française pour quatre mains.